De l’EMI à l’« expérience absolue » : une épistémologie élargie
- Michèle Dera-Blanchon
- 6 janv.
- 2 min de lecture
Lorsque nous parlons d’« expérience absolue », nous reconnaissons que le cadre des preuves scientifiques classiques ne suffit plus. Il ne s’agit pas d’anti-science, mais d’une épistémologie élargie où trois critères convergent : l’expérience, l’évidence et l’excellence.
Expérience : un vécu direct, transformateur, que l’on doit « faire » pour comprendre.
Évidence : la certitude intime et partagée de la réalité de ce vécu, malgré son caractère souvent ineffable.
Excellence : la transformation durable qu’il opère (sens, éthique, créativité, santé psychique), qui constitue en soi un indice de validité.
Cette « preuve par trois » offre une manière rigoureuse, quoique différente, d’attester ce qui dépasse la mesure instrumentale.
Le POH comme hypothèse organisatrice
Le POH (Processus organisateur de l’humanité) ne se « prouve » pas en laboratoire ; il se confirme par l’expérience et par la régularité des structures de sens observées à travers les cultures, les disciplines et les époques. La méthode relève d’un empirisme structuré : à la manière du structuralisme, on confronte un corpus d’auteurs reconnus et de récits variés, on en extrait les invariants, puis on formalise une structure de base. C’est cette récurrence, plus que la causalité mécaniste, qui fonde la plausibilité du POH.
Au-delà de l’EMI restreinte : EMI-like et EMI³
Limiter l’EMI aux expériences de traumatismes engageant un pronostic vital est restrictif. Il existe des occurrences voisines (méditation profonde, psychédéliques, amour/ orgasme, états contemplatifs) que l’on peut qualifier d’EMI-like.
J’appelle EMI³ une forme englobante, immanente1 (elle surgit du dedans), initiante (elle ouvre), et intégrante (elle unifie au lieu de dissocier). L’EMI³ n’est pas un délire dispersé : elle ordonne par l’expérience, donne évidence, et produit excellence — validant ainsi la preuve par trois.
Ineffable mais régulier
De nombreux auteurs (philosophes, cliniciens, témoins) soulignent l’indicible de ces vécus. Qu’ils échappent au langage ne les disqualifie pas : l’ineffable n’est pas l’inexistant. On l’aborde par convergence (multiplicité de sources), par structure (invariants), et par effet (transformation). C’est là la voie méthodologique pour penser scientifiquement ce qui transcende nos instruments tout en demeurant immanent à l’expérience humaine.
1 Dans ce texte, nous remplaçons « imminente » par « immanente ». L’expérience dite « absolue » ne se limite pas aux contextes de mort rapprochée : elle peut survenir en amour, en méditation, sous psychédéliques ou dans des états contemplatifs. Nous parlons donc d’EMI³ (immanente, initiante, intégrante) : immanente car elle surgit du dedans, initiante car elle ouvre et transforme, intégrante car elle ordonne et stabilise le sujet dans la durée. Ce choix terminologique permet d’unifier les EMI classiques et leurs occurrences « EMI-like » au sein d’une même structure de sens, en cohérence avec l’hypothèse d’un Processus organisateur de l’humanité (POH).
